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CSBF26 Éditorial.

Dr Matteo Gemolo, directeur artistique du csbf

« Notre réponse à la violence sera de faire de la musique avec plus d'intensité, plus de grandeur et plus de conviction que jamais. »

(Leonard Bernstein)

La musique entre guerre et paix :
l’art de construire des ponts 

L'ombre de la guerre s'est à nouveau allongée sur notre horizon commun. Certains sont tragiquement pris au piège de sa griffe, tandis que d'autres ont été contraints de fuir leur patrie en quête d'un refuge temporaire. Tous les autres regardent, depuis une zone de sécurité apparente, le monde qui semble s'embraser. Le flot écrasant d'images véhiculées par Internet et les réseaux sociaux oversature nos sens, au risque dangereux de transformer les atrocités de la guerre en une banale évidence.

Pourtant, l'art et la musique perdurent comme de puissants miroirs face à la profonde complexité et aux réalités nuancées des conflits. Ils recèlent le potentiel de créer un seuil précieux où les individus de factions opposées peuvent renouer avec leur humanité partagée. S'ils élèvent les esprits, inspirent les communautés et nous incitent à nous élever contre l'injustice, l'histoire nous met en garde contre leur puissance : les régimes autoritaires ont régulièrement censuré ou instrumentalisé les arts, y reconnaissant de dangereux catalyseurs. La musique, elle aussi, peut bel et bien être politique et clivante. Même nous, citoyens du XXIe siècle forts d'une vaste fresque historique dont nous aurions dû tirer les leçons, risquons fréquemment de répéter ces mêmes sombres erreurs. Nous militarisons les arts, les enfermons dans des lignes partisanes étroites, et censurons tant les créateurs du passé que les interprètes d'aujourd'hui. Nous exigeons des artistes un alignement politique impossible, oubliant qu'ils sont eux aussi humains — des individus avec des familles, des moyens de subsistance à protéger et des vulnérabilités personnelles. Ce faisant, nous risquons de dépouiller l'art de sa finalité ultime : servir de sanctuaire au dialogue plutôt que d'arène à la guerre idéologique.

C'est dans cet esprit que le Coudenberg Sound Box Fest 2026 s'attache à défendre la musique comme l'art ultime du dialogue : un langage sans médiation qui transcende les frontières de la parole et les barrières culturelles pour toucher quiconque, n'importe où. Fidèle à son identité, il traverse les siècles et les esthétiques pour jeter des ponts entre les publics, les cultures et les perspectives. Rompant avec la tradition pour honorer le poids profond du thème de cette année, le festival ne s'ouvre pas sur un concert, mais sur sa mission académique : un tout nouveau cycle de conférences en collaboration avec l'ULB et l'IHEB, explorant le rôle de la musique dans les conflits, du Moyen Âge à nos jours. Se déroulant sur trois semaines consécutives à partir du jeudi 19 novembre, ces sessions rassembleront chercheurs et spécialistes afin de mettre les leçons de l'histoire au service d'une réévaluation de notre monde contemporain et de cultiver une voie collective et plus profonde vers la guérison culturelle.

La saison musicale s'ouvre officiellement le dimanche 22 novembre avec l'ensemble InAlto, dirigé par Lambert Colson, qui présentera un répertoire profondément émouvant de musique sacrée née des dévastations de la guerre de Trente Ans. Leur performance explores la manière dont les compositeurs de l'époque ont transmué le traumatisme du conflit en un profond réconfort spirituel et en une résilience artistique. Ce répertoire se révèle être un miroir saisissant de notre époque. À l'image de ce conflit du XVIIe siècle, les crises mondiales d'aujourd'hui reflètent les mêmes mécaniques tragiques : de profondes rivalités géopolitiques masquées par des récits idéologiques rigides, menées par le biais de guerres par procuration dévastatrices, et dépendant de plus en plus de nouveaux « seigneurs de la guerre » à travers la privatisation de la force militaire. Pourtant, là où l'histoire se fracture, l'art offre son ultime résistance. Passant du réconfort intérieur à la célébration extérieure, AkroPercu enchaîne immédiatement au cours de la même soirée en transformant les galeries du Coudenberg en une caisse de résonance percussive. Mêlant percussions survoltées et acrobaties physiques, ils libèrent la tension du conflit, métamorphosant le solennel site archéologique en un espace de libération partagée.

Ce riche dialogue se prolongera le mardi 24 novembre lors d'une réception d'exception au Palais du Coudenberg, marquant l'adhésion du CSBF au REMA (Réseau Européen de Musique Ancienne). Réunissant des réseaux et institutions culturels européens en collaboration avec l'Ambassade d'Irlande, cet événement célébrera une rencontre unique entre les traditions irlandaises et franco-flamandes, à l'occasion de la Présidence irlandaise du Conseil de l'Union européenne.

Le CSBF continue de soutenir à la fois les artistes émergents et les ensembles confirmés. Le laboratoire de formation et concours NextGen, lancé en 2025 (et de retour cette année les 17 et 18 novembre), a déjà révélé l'Ensemble Matica de Flor, lauréat du premier prix, qui revient sur notre scène souterraine avec un poignant programme séfarade. Né de la diaspora des communautés juives expulsées d'Espagne en 1492, ce répertoire est un témoignage vivant de survie culturelle et de mémoire. En tissant ensemble poésie judéo-espagnole, rythmes méditerranéens et traditions ottomanes, il met en lumière une résilience extraordinaire — prouvant que, même dans un monde fracturé par les déplacements et les politiques identitaires, le traumatisme de l'exil forcé peut s'épanouir en une magnifique synthèse de cultures diverses. À leurs côtés, le Satellite Trio se penche sur les voix censurées ou réprimées du XXe siècle, sous les régimes d'extrême gauche comme d'extrême droite, offrant une réflexion poignante sur la mémoire, la résistance et l'impératif du dialogue interculturel. Leur performance agit comme un contrepoids acoustique direct aux pulsions autoritaires de l'histoire, insufflant une vie nouvelle à des sons jadis jugés trop dangereux pour être entendus.

Cette édition inaugure également une série « extra-muros » en coproduction avec Bozar, avec un double concert le 6 décembre qui se tiendra entre le site archéologique et l'Église Saint-Jacques-sur-Coudenberg. ClubMédiéval présentera un programme profane centré sur Charles Quint, tandis que Dionysos Now! explorera le répertoire sacré lié à la cour des ducs de Bourgogne et de Marie de Hongrie. Cet itinéraire, conçu pour des publics divers, optimise l'accueil des visiteurs et offre une expérience plurielle et unique, où les espaces souterrains dialoguent avec les hauteurs de la place Royale de Bruxelles.

Le festival se clôturera le 13 décembre par un concert placé sous le signe du dialogue interculturel, réunissant le joueur de oud belgo-syrien Elias Bachoura (avec des pièces issues de son dernier album Biharayto), au croisement de la profondeur modale orientale et de la complexité harmonique occidentale. La soirée se poursuivira avec BeraadGeslagen(avec le pianiste Fulco Ottervanger et le batteur Lander Gyselinck), un duo belge explorant le jazz, l'électronique et l'improvisation, offrant au public un aperçu rare de leur processus de création lors de la réalisation de leur dernier album fin 2026.

L'ensemble de ces activités s'inscrit profondément dans le cadre interdisciplinaire du projet « Re Coudenberg – Re-enacting the Musical Life of a Royal Ghost ». Lancé en 2025 et orienté vers son apogée en 2030-2031 à travers des recherches spécialisées, des publications et de nouvelles productions, ce projet est bien plus qu'une simple excavation historique. C'est un acte de mémoire. En faisant revivre la vie musicale oubliée de ce fantôme royal, nous ne cherchons pas simplement à exhumer le passé ; nous l'appelons à s'adresser à notre présent. À travers ces voûtes de pierre qui ont traversé des siècles d'ambitions dynastiques, de sièges dévastateurs et de trêves éphémères, la musique de cette édition devient un pont au-dessus des horizons fracturés. En invoquant ces échos historiques, le Coudenberg Sound Box Fest 2026 nous rappelle que l'aspiration humaine à l'harmonie demeure inchangée. Pendant plus de quatre semaines, sous la surface d'un monde en conflit, ces espaces souterrains ne serviront pas de tranchées de division, mais de sanctuaires de résonance — prouvant que, même dans les hivers les plus sombres de notre histoire, l'œuvre d'art ultime et collective que nous devons nous efforcer de composer reste la paix.

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